Alain Soral – La Vie d’un vaurien

Extraits (http://SystemicResponse.com)

Soral, Alain. La vie d’un vaurien. Saint-Denis : Kontre Kulture, 2012.

[p. 44‑45]

Texte que lit Louis (petit bourgeois déclassé qui s’éveille au monde de la rue et des femmes) à ses amis dragueurs et leurs conquêtes le jour de Noël.

LE SÉDUCTEUR N’EXISTE PAS

Le jeune homme qui contemple une femme pour la première fois a dans la mémoire le regard de sa mère ; cette confusion le guide vers l’amour aussi sûrement qu’elle le maintient dans l’ignorance de la femme.
Les premiers sentiments qu’il éprouve pour celle qu’il désire sont donc le respect et la peur, qualités inverses de celles qui mènent à la séduction.
Si la jeune femme avait pour lui un regard symétrique, les handicaps respectivement annulés nous ouvriraient béantes les portes de l’amour ; tel n’est pas le cas.
L’homme qui l’ignore est terrifié à l’idée de détruire la pureté de la femme, et avec elle l’amour dû au respect qu’il en a ; la femme craint simplement la force.
La peur de la force de l’autre conduit à la malice, aussi sûrement que le respect de sa faiblesse engendre la contradiction de soi ; il en sera aussi longtemps que nous naîtrons des femmes.
À moins qu’il n’inverse par un travail de l’esprit l’ordre naturel de sa tête, le séducteur n’existe pas…

Épris de savoir, l’apprenti-séducteur a la générosité de vouloir comprendre l’autre jusque dans sa laideur morale.
Tandis que l’amoureux reste immobile devant la beauté éphémère et fortuite de la femme, il s’acharne aux travaux pratiques, devenant finalement psychologue par goût de la métaphysique.
Sans conscience et sans science, le transi a l’aspect répugnant et soumis de tous ceux qui adhèrent éperdument à l’ordre naturel des choses ; il me dégoûte.
Pis.
L’amour, comme le loto, tient du miracle et ne signifie rien. La séduction, qui doit tout à son seul mérite, est par définition une discipline honorable ; moins immorale que la beauté, plus spirituelle que l’amour, elle ne vise pas le contentement des corps, mais au-delà de leur domination, leur assujettissement au monde de l’idée.


[p. 28]

Extrait des cahiers de Louis.

La femme admire la force et l’esprit en est une.
Pourtant elle n’a pour cette force abstraite qu’un respect lointain ; et du respect ne naît pas l’amour.