Quel dysgénisme ?

Réponse à Michel Drac

Sylvain (http://SystemicResponse.com)

8 juin 2017

Réponse à Michel Drac au sujet de sa note de lecture sur le livre de Richard Lynn Dysgénisme : https://youtube.com/watch?v=Gi9N-QdNtJw.

 

Bonjour M. Drac,
J’aurais plusieurs critiques à soumettre à votre salutaire travail d’approfondissement et de dialogue.

Le QI bourgeois  Lynn porte l’idée que l’augmentation du Quotient Intellectuel serait en soi un facteur positif dans l’évolution de l’espèce (donc eugénique). Or, des études sur l’homme de Néandertal ont montré qu’une trop grande faculté aux calculs pesaient sur d’autres aptitudes primordiales, notamment la communication et l’aisance relationnelle1. Disons que, par excès d’intelligence pure, ils sont devenus autistes (mot choisi à dessein puisque l’autisme est effectivement lié à un trop grand QI) ; une autre théorie explique leur disparition du fait de leur métabolisme trop coûteux en énergie, car justement trop performant en termes de puissance de calcul. Dans un cas comme dans l’autre, cela invalide l’absolutisme du caractère positif, principalement héréditaire d’ailleurs2, du QI. Ce biais intellectuel (qui considère donc par exemple le QI comme une valeur en soi positive) peut s’expliquer simplement par l’origine sociale de M. Lynn, qui est parvenu à sa position de classe grâce à certains traits caractéristiques (capacités de logique pure et de calcul, rigueur, contrôle de soi, persévérance, etc.) qu’il met donc naturellement en avant, car lui ayant permis le maintien d’une ou l’ascension vers une telle position.

Primitivisme et matrice sociale  Comparaison n’est jamais raison entre les sociétés primitives d’avant le Capital et les sociétés modernes capitalistes, en cela que la même question et la même réponse s’aborde selon une matrice profondément, radicalement (non seulement différente mais) antinomique. Du point de vue de la Nature, il est effectivement logique et socialement honorable de ne pas être en couple, voir de sacrifier une vie ou la sienne pour le bien de la communauté, par essence matrimoniale car centrée autour de la mère puisqu’elle est garante de la perpétuation effective de la vie au sein du groupe. Mais du point de vue de la Culture, se retrouver seul, sans enfant, donc matériellement seul (puisque les femmes, les hommes et les biens se vivent comme des propriétés et que le lieu de l’accumulation patrimoniale des biens est le lieu de désamorçage des conflits) est considéré comme la déchéance qu’elle est objectivement au sein de cet environnement. La différence de ces points de vue est donc celui du mouvement social : l’un est tourné génériquement vers l’Être et la communauté, tandis que le second est tourné particulièrement vers l’Avoir et l’individu ; le qualitatif s’oppose au quantitatif.

Lutte des places  Les changements de l’environnement sont toujours, en dernière instance, les produits de l’environnement ; par conséquent, la lignée génétique n’évolue jamais de manière “dysgénique”, elle évolue selon les conditions sociales engendrées par le milieu, au sein d’une biréprocité où le culturel forme le social et le social forme le culturel. Dans un tel cadre, ce sont par exemple les individus incapables de subvenir à leur propres besoins matériaux (les SDFs par exemple) ou les personnes asociales ou psychologiquement instables qui n’ont souvent pas l’occasion d’assurer leur descendance ; la volonté d’éradiquer l’extrême pauvreté matérielle n’est pas une extériorité, elle est consubstantielle à la matrice de notre trajectoire historique, que Marx a désigné par la dialectique des forces productives : ce n’est pas les hommes qui font l’Histoire, ce sont les hommes qui font l’Histoire qui fait les hommes3. Du point de vue de Lynn, cependant, c’est une concurrence sociale, donc culturelle et génétique, qui se met en place, dans le cadre de laquelle il lutte afin de continuer à assurer la reproduction sociale et la puissance démographique de son milieu.

Fin biologique  Ce qui peut en réalité être considérée comme une dysgénie, d’une certaine manière, est en fait la cessation progressive et historique du premier rapport de production, la reproduction, en faveur de tous les autres rapports de production matériel ; ce phénomène universel se constate en effet à différents degrés quelque soit la classe sociale, le pays ou l’ethnie : le taux de natalité chute dans les sociétés où règnent les conditions modernes de production.

Lutte des classes  La dialectique des forces productives est, après d’être le processus d’asservissement d’une classe sur une autre, du Capital sur le travail, le procès de sa propre invalidation par la prolétarisation puis la négation-abolition du prolétariat mondial. Richard Lynn dresse le lent et inéluctable constat de la profonde et insolvable contradiction dont il est lui-même un des minuscules moteurs ; il est spectateur impuissant de sa propre œuvre, l’œuvre collectif de l’Homme arraché à l’Homme.


  1. Cf. cet article court mais puissant de Nature où des chercheurs se rendent compte du gouffre socio-culturel duquel ils sont prisonniers en étudiant Homo neanderthalensis, The Neanderthal correlation : https://www.nature.com/nature/journal/v453/n7194/full/453562a.html ; autre étude sur le sujet, Neanderthal brains focused on vision and movement leaving less room for social networking : https://www.sciencedaily.com/releases/2013/03/130319093639.htm

  2. La mémoire court-terme dite “de travail”, très liée au QI, est largement héréditaire : Strong genetic overlap between executive functions and intelligence : http://psycnet.apa.org/?&fa=main.doiLanding&doi=10.1037/xge0000195 ; Heritability of Working Memory Brain Activation : http://www.jneurosci.org/content/31/30/10882 ; The high heritability of educational achievement reflects many genetically influenced traits, not just intelligence, http://www.pnas.org/content/111/42/15273

  3. « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants. Et même quand ils semblent occupés à se transformer, eux et les choses, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, c’est précisément à ces époques de crise révolutionnaire qu’ils évoquent craintivement les esprits du passé, qu’ils leur empruntent leurs noms, leurs mots d’ordre, leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle scène de l’histoire sous ce déguisement respectable et avec ce langage emprunté. », Karl Marx, Le 18 brumaire de L. Bonaparte, 1851.